Flora Gjinovci Buberle

Le jeu Qui est-ce?, créé en 1988, a pour principe de découvrir l’identité d’un personnage parmi les 24 proposés, et ce en posant des questions et en procédant par élimination.

La version originale représente toutes les classes et origines sociales, et c’est à travers la couleur de peau, le sexe, l’âge et l’apparence vestimentaire que l’enfant apprend une méthodologie.

A-t-il une moustache? A-t-elle les yeux bleus? Porte-il un bonnet? C’est par ce genre de questions basées sur des caractéristiques physiques objectives que le joueur  doit gagner.

La Suisse, terre d’accueil, a ouvert ses bras à de nombreuses émigrations pour la plupart issues de pays en guerre ou de régimes totalitaires. Intégrées, ces populations participent à l’évolution du pays en amenant des cultures différentes et une ouverture à l’autre.

Néanmoins, ces peuples font aussi les frais d’appréhensions et de craintes. Il n’est pas rare que le Suisse soit gêné par des moeurs exotiques et des langues peu latines, qui le mènent à juger rapidement son voisin récemment naturalisé.

La Suisse, terre d’accueil, a également ouvert les bras à une autre forme d’émigration, aux mêmes origines que celles citées précédemment. En effet, les banques helvétiques ont toujours servi, et servent encore aujourd’hui, de refuge aux mallettes en crocodile et autres «diamants de sang» dont les propriétaires sont souvent des dictateurs ou des criminels de guerre.

Mais le Suisse n’en fait fi, et se réjouit de la montée économique que cela provoque en oubliant que cet argent, venu se refaire une santé et se purifier à l’air alpin, a des origines douteuses.

En altérant les visages du jeu Qui est-ce?, j’ai voulu pointer ce paradoxe existant non seulement en Suisse, mais d’un ordre plus général en Occident.

Dans cette nouvelle version, les critères liés à l’apparence physique sont remplacés par des questions sur les crimes effectués par les personnages . A-t-il procédé à une stérilisation massive de la population féminine? A-t-il censuré la presse? Est-il à l’origine de la solution finale?

On a beau accepter l’identité de son prochain, il est certain qu’un Francisco pauvre aura moins de poids dans notre estime qu’un Francisco renflouant les coffres régulièrement. Et pourtant, c’est Francisco le pauvre qui m’a appris à marier le mousseux catalan à une bonne assiette valaisanne.

lien: http://www.buberovci.net/

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